Petit billet d'humeur sur le "flight shame", à savoir la honte de prendre l'avion pour des raisons écologiques: 

Je suis ingénieur et aéronautique et en formation de pilote professionnel, je me bats depuis plus de dix ans pour réaliser mon rêve d’être pilote, et maintenant que je touche presque au but, l’aviation est violemment attaquée pour les questions environnementales. Quelle déprime… Et quelles sombres perspectives d’avenir !

Tout d’abord quelques chiffres objectifs : L’aviation, c’est 2 à 3% des émissions de gaz à effet de serre (5% pour les plus pessimistes). Un avion de ligne, chez Air France par exemple, c’est 3,3 litres au 100km par passager, pour environ 80g de C0² par km (et non 285g comme lu dans la presse). Pour comparaison, une voiture en France c’est respectivement 6,4 litres et 150g, en moyenne. La nouvelle génération d’avions de ligne arrive même à tendre vers les 2 litres au 100km par passager !

Mais au-delà de ces chiffres, au-delà des dizaines de milliers d’emplois associés à l’aviation en France, il y a une réalité sociale. L’aviation, ce n’est pas qu’un secteur qui pollue et qui est réservé aux riches (surtout depuis le développement des compagnies Low-Costs) ; c’est un secteur qui fait rêver, qui fait rayonner la France depuis maintenant plus de cent ans, et qui a permis à l’être humain de réaliser son plus vieux rêve : Voler.

Une étude récente de Randstad a encore mis l’aviation au premier rang des secteurs dans lesquelles les actifs rêvent de travailler ! Veut-on vraiment sacrifier sur l’autel d’une idéologie un secteur qui fait autant rêver les Français, et qui de plus est une fierté française depuis un siècle ?

Pourquoi utilise-je le terme « sacrifier » ? La France n’est responsable que de 0,9% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’aviation en France, c’est 4% des émissions. Si plus AUCUN avion ne volait en France, on diminuerait donc les émissions mondiales de CO² de 0,036%... Ça vaut le coup, à part pour avoir bonne conscience ? 

Je ne suis pas climatosceptique, les professionnels de l’aérien non plus. Toutes les innovations faites dans l’aviation ces dernières décennies ont deux buts : Des avions plus sûrs et plus propres. L’argument des avionneurs quant à leurs appareils n’est plus le « toujours plus haut et plus vite », mais le pourcentage de carburant consommé en moins par rapport à la précédente génération d’avion. Les pilotes et compagnies aériennes font aussi de leur mieux pour consommer le moins possible.

Quant au rapport de F. Ruffin et Cie quant à interdire l’avion quand une solution moins polluante est disponible, pourquoi ne pas appliquer ces interdictions à d’autres domaines ? (Vous pouvez trouver plein d’autres exemples, et c’est d’ailleurs assez amusant !)

  • Vous pouvez aller au bureau en train/bus/vélo : interdiction de posséder une voiture ? Pour ceux qui auraient vraiment besoin d’une voiture, interdire les SUV et voitures de sport ? Une Clio fait le même boulot en consommant moins.
  • Accès restreint aux nouvelles technologies comme les smartphones ou internet, bien plus polluantes que l’aviation ?
  • Interdire la consommation de viande, car de nos jours il existe des alternatives moins « carbonées » ?
  • Interdire les bateaux de croisière ? Ça rejette autant de CO² au km par passager qu’un avion de ligne, et puis les gens peuvent passer des vacances moins polluantes !
  • Interdire l’élevage de gros chiens… Plus le chien est gros, plus il consommera de la viande, plus il aura un impact sur le climat. Vive les Yorkshires!

Ces précédentes interdictions sont heureusement inacceptables par l’opinion publique, même si elles seraient plus efficaces écologiquement que de taper sur l’aviation. Je pense donc que la vraie raison de vouloir interdire l’avion sur certaines lignes relève plus du populisme électoraliste qu’autre chose, quitte à menacer des emplois à haute valeur ajoutée et restreindre nos libertés individuelles. N’est-ce pas le fondement de la liberté : Avoir le choix ? 

De plus, l'interdiction de ces vols amenera les voyageurs en correspondance à privilègier d'autres hubs (Frankfort, Londres...) au détriment de Paris, ce qui occasionnera une augmentaton des emissions de CO²! 

J’ai peur pour mon avenir dans ce pays. L’industrie (l’aviation, l’automobile, le nucléaire, le maritime, le médical…) est ce qui a permis à la France d’être ce qu’elle est aujourd’hui, à savoir un grand pays à la pointe du progrès technique. Tous ces secteurs sont attaqués par l’obscurantisme (même le nucléaire, qui nous permet de payer peu cher l’électricité à un « coût » climatique très faible !). Mais pourquoi diable en France détestons-nous ce qui marche, et qui renvoie une image de réussite ? Préférons-nous la misère généralisée ?

Les « écolos » qui ont la parole en ce moment (collaspologues, néo-communistes…) ont des idées radicales et dangereuses qui font culpabiliser la jeunesse, et leur enlève toute confiance en l’avenir. Et pendant ce temps, sur les autres continents, on continue d’avancer et de former des jeunes qui seront l’élite de demain (à notre place ?), et qui eux trouveront des solutions intelligentes pour nous adapter au changement climatique, qui est inéluctable !